> ## Content Index
> Fetch the complete content index at: https://letterscapitales.ghost.io/llms.txt
> Use this file to discover other available public pages before exploring further.

# Sophie Carquain : Deux poèmes pour célébrer les femmes
- URL: https://letterscapitales.ghost.io/sophie-carquain-deux-poemes-pour-celebrer-les-femmes/
- Published: 2022-02-06T17:03:53.000Z
- Updated: 2026-09-18T13:16:52.000Z
- Author: Dan Burcea
- Tags: Poésie

**NAISSANCE** Ça castagne ça cagnasse, Ça cogne et ça tracte, Ça ravage ça ravine C’est un cratère- un nombril Une tempête, Au centre de toi. Ebahie, tu observes La spirale qui t’emporte- Déchaînée, déferlante, Une vague. L’heure n’est plus au doute- Mais à l’évidence, Impérieuse, obstinée, monstrueuse Et comme ça fait du bien, De ne plus pouvoir reculer, Pour une fois. Ca s’impose à toi, possédée comme jamais, Tu ne l’as été, Comme jamais tu ne le seras, Sauf à l’heure de notre mort (Amen), Et tu comprends Ce que signifie : exister vraiment. Le ruisseau glacé, S’écoule dans la rivière, Qui enfle et gronde. C’est une montagne, Un cratère bouillonnant, Un typhon. Regarde : Ca laboure, ça castagne, Ca ravage et ça ravine. Tu es possédée, sorcière, Tu secoues tes serpents, Méduse aux dents noires, Troll des forêts, Diane chasseresse, Divinité foldingue Des bourrasques, Déesse de la guerre Et du grand vent, Déchaînée, ébouriffée, hurlante, Tu te dégondes et te déhanches, Tournoyant avec les sapins Perdue dans la forêt, Dans le noir des arbres touffus. La terre se soulève un peu plus Dans cette guerre sans fin, Les hommes sont à l’abri, Dans les tranchées, Et toi, en première ligne, sur le front, Chair à canon, Sur ton champ de bataille, Dans le sang, les viscères, Les entrailles- Sainte Marie de toutes les mères, Tu pries car en poussant, C’est tout toi qui vas sortir. Tu le sens, tu t’expulses Toi-même par le bas, Tête la première. Alors tu cries Écrasée par la pesanteur, Dans ce vaisseau vers l’autre galaxie. Les vagues de cinq mètres Se fracassent, montent Et redescendent. Quinze mètres, puis trente, Tu crains de partir avec le courant. Mais tu t’accroches, Et tu comprends. Oui, tu comprends pourquoi Tes grands-mères et arrière-grands-mères Y laissaient la vie. Et tu comprends pourquoi On y laisse sa peau, Parce que c’est précisément Ce que tu es en train de faire, Mourir, muer, muter, Hurlante et mutique Car tu as cessé de crier Quand lui, s’est mis à le faire. Bonjour. 

**LE PLAFOND D’ALICE** « Sky is the limit » Tu grandis, telle Alice, Dans son terrier. Tu regardes tes bras pousser Comme des tiges, Tes jambes s’élancer depuis la Terre Jusqu’au ciel. Un, deux, trois, Soleil, Bouge, bouge, bouge, Halte, et puis touche ! Potion Fortifiante, Nectar, philtre, elixir, Tout est en train de grandir, En toi. Tes idées ont la force d’un immeuble De 35 étages Tes pensées, tes projets ont poussé Comme de la mauvaise herbe Qu’ils disent, eux, là-bas, Tout en bas. Mais c’est de la mauvaise herbe De la meilleure espèce, Crois-moi. Il n’y a que du bon, Dans ce qui pousse aussi beau, aussi haut Aussi vite. Ca n’en finit plus, Quelle puissance. Et puis, tac. Oui, TAC, Dans ton terrier. Un tout petit bruit, Comme un déclic- un signal Impossible de franchir le gué. Derrière, rien que des barbelés. Des barbelés qui s’enroulent, et se doublent Et se triplent, comme une forêt de ronces… Électriques De nos contes d’enfants Pour t’interdire d’avancer, ne jamais, jamais Te laisser passer. Te ralentir. Tic, Tac, Tic tac Tactique. Là-haut-, tu vois le ciel, Mais lui ne te voit pas. C’est ce qu’on te dit, là, en bas Tout en bas. On ricane, On t’observe, comme une pieuvre Se déhancher dans un bocal. Tu agites tes tentacules, Si longues, puissantes… Elle est où l’ouverture, Personne pour t’aider Dans cette transparence Ce que l’on dit de toi ? Jamais elle ne pourra. Mais toi, Tu cognes et frappes, Et tac, tic tac, Tu te dis que c’est une question de temps, tout ça Et de ventre, oui, de ventre, De force logée dans ton estomac ; Tu te dis que ça ira, tu le transperceras, Tu l’ouvriras, cette trappe, Qui mène encore plus haut, 1, 2, 3 soleil. Tu t’y mets la nuit, maintenant. Tu cognes, et tu frappes, Tac, tac, tactique, De jour, de nuit, de sieste. Tu ne prends aucun repos. Car tu t’aperçois bientôt Que c’est une cage, Un cagibi En verre trempé, Comme du béton armé, Un placard où on t’a enfermée, Une boule à neige, Que tu dois secouer, Encore, et encore, Avant d’être ensevelie. Tu as raison, tu sais, de te dire Que c’est une question de temps. Tic tac, tactique. Regarde où tu en es, aujourd’hui. Si loin, alors que ton arrière-grand-mère S’est arrêtée au premier étage, Que ta grand-mère a grimpé Un peu plus haut- et toi, Oui, toi, Tu es déjà au trente cinquième, Alors, un peu de courage, De tact, et de tic, Ce plafond de verre, Crois-moi, Tu vas l’exploser Attention à gauche, En bas, Et surtout, vers le haut ! Concentre-toi, Ce philtre, Alice, cet élixir, ce nectar, Il est en toi. Un jour, tu le briseras, Le transperceras, Sans te blesser. Sans aucun bris de verre Que ta propre colère. Et crois-moi, ce jour-là, Nous serons toutes là, A droite, à gauche, en bas en haut, Tu nous entendras Rire, crier, applaudir, Nous époumoner, Pleurer de joie, Et enfin, Grandir avec toi. 

Sophie Carquain© 

Sophie Carquain est romancière, scénariste, journaliste. Elle vient de publier le roman *Juste à côté de moi* (Charleston).

Elle a toujours écrit de la poésie, et pour la première fois décide de la publier dans Lettres Capitales.