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# Les invités de Lettres Capitales : Carmen Pennarun - Quatre poèmes inédits
- URL: https://letterscapitales.ghost.io/les-invites-de-lettres-capitales-carmen-pennarun-quatre-poemes-inedits/
- Published: 2020-09-26T17:40:06.000Z
- Updated: 2026-09-18T14:16:05.000Z
- Author: Dan Burcea
- Tags: Interviews & Portraits, #invites-lc

# Le jardin d'acclimatation

J’explore la vie dans sa lente acclimatation comme une culture en serre d’un jardin botanique où l’hygrométrie contrôle la respiration des fleurs que leurs racines tiennent tant qu’elles peuvent liées au sort de leurs semblables 

On naît tous quelque part parfois en terre hostile et l’instinct de survie consent à l’abandon il prend le risque du sommeil malgré le voisinage des plantes carnivores puisque c’est là que l’âme a déposé la bouton fragile de la vie 

Le livre n’est même pas ouvert sur l’histoire qui devait être contée que déjà elle s’achève sur l’imparfait des doutes. Sans amour il n’y a pas d’histoire — à moins qu’un souvenir ne revienne chanter sa ritournelle : 

« Au jardin du Thabor nous allions voir les roses et ma grand-mère me disait que de toutes j’étais la plus suave » 

L’espace se laisse gagner par la confiance, il nous supplie de tenter de l’apprivoiser sous peine de nous condamner à la dissolution dans le néant d’une existence où nous ne reconnaissons pas notre place 

Alors on redresse sa colonne \- une tige pensante - où s’empilent les vertèbres qu’un fil de détresse penche plus qu’il ne la stabilise 

Petit à petit on tend vers l’équilibre et les pensées s’alignent sur une vibration joyeuse 

L’énergie passe du rouge au vert et s’illumine dans le bleu comme un soleil qui émane de nous- \-mêmes et rayonne sur notre jardin — acclimaté — 

La couleur – comme un champ – ouvre l’espace à une mélodie inédite 

La clef trouve la serrure dans la verticalité de l’instant quand un point fixe de l’horizon transperce la brume des apparences et vient heurter la conscience 

alors l’éclair de la pensée se met à l’œuvre percute les mots d’amour dans la cambrure invisible du vent où explose le tempo des pas de flamenco d’une Carmen Amaya 

l’Amour savait que par elle il dansait. ( S'Agaró, le 18 septembre 2020) 

# Nous sommes du même bateau 

— Nous sommes du même bateau m’a soufflé en rêve l’amie partie vers d’autres cieux 

Tu es la vie augmentée de quelques pôles « aime » que tu décryptes lorsque passe ton âme devant le miroir 

Tu es ce peu qu’une once d’amour transporte en houle poétique. Ce tout qu’aucune intention ne fige et qu’un rien tourmente 

En apparence, le calme en profondeur, la tempête et aucune pensée ne trouve l’écueil d’une roche quand d’un zeste d’humeur elle désire se soustraire à l’énergie créatrice 

— Si tu savais, mon amie combien l’énergie dévaste tout sous son passage ! 

Elle retourne chaque pensée quand elle n’intervertit pas deux certitudes face au poète impassible attentif au seul spectacle des oiseaux qui ne mangent pas son pain et dont la nature restitue à merveille le chant de la Vie sans qu’il leur soit nécessaire de composer un nouvel opéra 

Le risque est grand de se laisser saisir par les flots d’une passion qui nous submerge 

« L’amour est un oiseau rebelle… »\* et quand les mots sauront se passer de l’escarcelle de mon esprit « j’irai danser la séguédille et boire du Manzani, j’irai chez mon ami… » \* (Laillé, le 25 septembre 2020) \* extrait de l’opéra de Bizet, Carmen 

# Les vrais plaisirs vont à deux

« Les vrais plaisirs vont à deux ; donc pour me tenir compagnie, j’amènerai mon amoureux ! »\* 

Que peuvent-ils confier, les amoureux de ces morceaux – étonnamment beaux – que la vie leur donne, à savourer ? 

Nous ne sommes que les témoins de leurs sourires mis sous le signe d’un soleil intérieur, partagé. 

Que peuvent-ils nous révéler de cette alliance sans cesse renouvelée que leur peau garde en mémoire ? Sur le parchemin de leur vie l’amour jamais ne fugue. 

La tendresse se passe de boussole l’épanouissement des sens affolerait l’aiguille. Leurs cœurs, si fragiles, battent à l’unisson, ils sont leurs seuls repères. 

Elle a l’âme poète et rêve souvent, à l’Ouest. Il a l’œil photographe et ne perd jamais le Nord. Chaque jour ils placent la clef d’UT sur une nouvelle ligne de Joie puis ils observent la tonalité des instants qui se suivent inconstants. 

Ils se tiennent souples face au vent des épreuves comme deux arbres complices – deux flammes pareilles. Leurs racines plongent dans le même terreau et se mêlent aux émotions qui viennent et les imprègnent. 

Ensemble ils embrassent les temps heureux. Séparément ils respectent les moments où l’autre pactise avec son Art puisqu’ils savent que l’Un naît de la fusion avec sa passion. 

Et la maison demeure la propriété des chats, les humains n’en sont que les hôtes. Ainsi les hirondelles peuvent danser \- de long en large – sur le pont qui survole l’écume du quotidien. Sous le battement de leurs ailes naît l’éternité et se crée tout un monde. (Laillé, le 25 septembre 2020) \* extrait de l’opéra de Bizet, Carmen 

# La toile m’a prise au piège du minuscule

La toile m’a prise au piège du minuscule de ses fourrés où l’ombre capte le regard malgré la souveraineté des verts peuplés de lézards vifs comme l’air sur terre propice. 

Je suis le chemin jusqu’à la clairière où tu ramasses ton petit bois je lève les yeux vers la canopée et je me perds en vol émeraude. 

C’est dans le ciel que je me perds. Sur Terre tout me ramène sur les traces de ma nature que je soutiens à livre ouvert dussé-je y croiser une horde de sangliers 

car ce peuple de la forêt je compte sur toi pour l’effacer d’une touche de peinture. Je ne crains pas la laie, elle suit sa voie nous ignore, pour peu qu’on ne la contrarie pas. 

À chacun son sillon dans la terre glaise ou la tourbe, que le fauve n’abandonne jamais. 

L’ogre est de l’autre côté de la forêt où l’humus de la vie qu’on projette sur l’enfance s’appauvrit en humanité. (le pommeau du poème tombe de ma main) 

Je ne veux plier ni devant la crainte du loup caché dans le tableau, ni devant la monstruosité d’un système où le raisonnable atteint les plus vulnérables ou malheureux de la vie. 

L’artiste – en son âme – anticipe l’avenir. Par ses prémonitions colorées il ouvre aux possibles un Univers de Paix Les arbres ont des racines où gronde la colère. 

Nos propres racines courent sur nos échines et suivent nos neurones. Elles ne peuvent qu’entendre le chant de la nature qui les rejoint. Le chant qui invite tous les êtres à vivre en harmonie. 

Je ne redoute pas le loup, il me prête sa peau le temps d’un hurlement qui ravive les consciences pour qu’elles défendent les territoires du cœur \- non pas contre l’autre mais dans l’ombre de soi. (Laillé, le 26 septembre 2020) 

Carmen Pennarun aime la couleur, la matière, elle peint pour son plaisir et travaille parfois la terre. Nouvelliste, auteur de littérature jeunesse et poète, Carmen aime aussi les mots et publie régulièrement sur son blog, sur des sites littéraires, en revues, dans quelques recueils collectifs (dernièrement dans le livre dédié à la mémoire de Cécile Delalandre et publié par Le bateau ivre). Elle fait partie de l'Association des Écrivains Bretons.  
Voici ses recueils publiés : 
- *Le chapeau à histoires, jeunesse, L’amuse Loutre, 2020*
- *Dans l'arc d'un regard de caryatide,* *Poésie, L'amuse Loutre, 2019*
- *L’Escale inévitable, Poésie, L’amuse Loutre, 2018*
- *Si l’âme oiselle la mère, veilleuse, poétise,* *Poésie, L’amuse Loutre, 2016*
- *Nuit celte, land mer,* *Poésie,* *Stellamaris, 2016*
- *Rose Garden,* *Nouvelles, L’amuse Loutre, 2014*
- *Tisane de thym au jardin d’hiver, Poésie, Les penchants du roseau, 2013*
- *L’oiseau ivre de vent,* *Poésie, Filosphere, 2012*
- *Rayon de Lune,* *Jeunesse, Planète Rêvée, 2010*
- *Murmures à la fontaine,* *Poésie, La-Librairie.org, 2009*