Sanda Voïca - 4 poèmes du volume inédit « Parenthèses pour germination »
Rencontre Esquive. Tournoiements. Pilier sans face. Pour un face-à-face. Trou dans le tissu de l’air. Se jeter de tous les pores – désemparement – là où la tête cherche son au-dessus : les mots sans le corps. Harassement horizontal, large, solide dans la poitrine Les dents vers le haut ont tout remplacé : cœur, poumons, foie… Mais elles me font vivre à leur place Les dents solides : rencontre de chaque matin. Quand tout chemin est une crevasse dont on ne connaît pas la profondeur. On se contente d’admirer ses bords et de la renverser : la mettre sur la verticale pour la couper et la soutenir. Je joue autour d’elle derviche de mes journées. Et voici : ceci est mon corps offert en pâture. Pris et repris par un départ une séparation pour la meilleure rencontre : de ce qui n’atteint que les bords
– ou bien les bouts – et d’en haut et d’en bas – c’est selon : si vous êtes couché, endormi – ou tout droit dans vos bottes – pour l’éternité –
atteint les bords du sentiment qui s’écrit en toutes lettres : s e n t i m e n t. C’est lui, la crevasse dont on ignore la profondeur. Toujours la mettre sur la verticale. Une fois debout la tronçonner. Un derviche de chaque instant : le sentiment. Lequel ? Enigme dont la profondeur double celle de la crevasse. Quel sentiment ? Mais le seul, voyons, qui fait tourner le monde. Juste son affirmation – crevasse dans un glacier. Et toujours une couture à faire. Et comme sentiment sédiment la couture. Tourbillonne-moi Jusqu’à la crevasse infinie Dans la glace changée en flamme solide verticale pilier. Je ne tiens que ce qui me tient mais avec plus de détours et de volutes. L’arabesque – celle qui est ma vie. Un cap à atteindre. Un cap à tenir. Un cap surtout à contourner. Délice d’hélices qui traversent les vaguelettes antédiluviennes. Aspirer par toutes les ouvertures-fermetures. Pour qui la danse ? A qui la robe ? Vers quoi les pans du Grand Epanchement ? Sentiment. Arabesque.
Trois poèmes ♦ Le jour me prend dans ses bras dès le matin : aussitôt que je suis réveillée, moi, dès qu’elle s’est réveillée, elle. Sa chaleur et son étreinte sont suffisantes pour sentir que ma journée dès l’aube est déjà finie que j’ai déjà vécu pleinement notre joie : la sienne et la mienne confondues. Le reste n’est que des mots.
♦ Qui n’est pas avec moi est aussi avec moi. Des volontés multiples, différentes ont été accomplies dans une symphonie que je transcris maintenant : Qui n’est plus avec moi est quand même avec moi. Symphonie de volontés accomplies. ♦ Il suffit que je me touche la tête avec la main et une étoile naît. Toute la journée, étoile après étoile est née juste en me touchant les cheveux, la tête avec ma main gauche.
Sanda Voïca
Poèmes extraits du recueil inédit « Parenthèses pour germination »
Sanda Voïca. Née en 1962 en Roumanie. Etudes à la Faculté de langues étrangères de Bucarest. Professeur de roumain et russe entre 1985-1990. Correctrice et rédactrice pour les revues littéraires Contemporanul-Ideea europeană (Le Contemporain-idée européenne) et România literară (La Roumanie littéraire). Entre 1996-1999 a travaillé comme rédactrice pour Monitorul Oficial (le Moniteur Officiel ; l’équivalent du Journal Officiel en France), au Palais du Parlement. Publication en Roumanie de textes variés (poèmes, nouvelle, fragments de roman, notes critiques) dans les principales revues littéraires roumaines, et de son recueil de début, Diavolul are ochi albaştri (Le Diable a les yeux bleus), Editura Vinea (Vinea éd.), Bucureşti (Bucarest), 1999.
En 1999 elle s’installe en France. Depuis, elle écrit exclusivement en français. Publications dans de nombreuses revues littéraires, françaises ou étrangères (papier et/ou numériques) : Terre à ciel, Phoenix, Sarrazine, Décharge, Europe, Recours au Poème, Traversée (Belgique), Moebius (Canada), La Fabrique de l’art (France-Inde), etc. Présence dans plusieurs anthologies, dont Elles écrivent, elles vivent ici en Normandie, Paix… Ou dans des livres collectifs : Le système poétique des éléments (Invenit éd.), Du feu que nous sommes (Abordo éditions), etc. Quelques plaquettes (Ça vient de tomber (la rivière échappée), Des couleurs en profondeurs (éd. du Petit Flou), Et quelle volonté peut-on comparer avec celle de l’amour ? (Les Presses du vide). Les volumes de poèmes : Exils de mon exil, Passage d’encres éd., 2015, Epopopoèmémés, Impeccables éd., 2015, Trajectoire déroutée, Lanskine éd., 2018. En 2010, elle a créé et mené, pendant dix ans, la revue de poésie et arts plastiques (numérique et papier) Paysages écrits. Elle a cessé sa parution en 2019. Livres dits pauvres, avec des artistes : Ghislaine Lejard, Adeline Contreras, Maria Desmée, Daniel Leuwers, Maud Thiria-Vinçon. Notes critiques, publiées dans Paysages écrits, Poezibao, Europe, La Cause littéraire, etc. Préfaces pour les recueils des poètes : Dominique Zinenberg, Valérie Canat de Chizy, Morgan Riet. Plusieurs entretiens dans : Alkémie, Le Littéraire, Terre à ciel, Le Petit Journal, Librebonimenteur, etc.