Cinq poèmes de Laurențiu-Ciprian Tudor tirés du recueil « Loc de oftat » [Endroit pour soupirer]

VOLUPTÉ
il y a une volupté de la vie dont je ne peux me débarrasser je comprends la souffrance mais je ne l'aime pas je la vois comme une errance la mort comme un retour à la maison mais il y a une volupté de la vie dont je ne peux me débarrasser sinon pourquoi la beauté de cette jeune femme me fait-elle mal ? pourquoi son corps une sorte de poire avec une sorte de sablier me semble invraisemblable d'une beauté insoutenable avec une telle mélancolie avec tant d'infini
MA TABLE À ÉCRIRE
ma table
devient
dans la nuit
un igloo de lumière
je m'y cache
et rien ne peut me toucher
l'écriture
est un fleuve
comme celui d'Héraclite
il vient de loin
et s'en va, s'en va...
je tiens dans la paume de mes mains
de la lumière
une bouche
un œil d'eau
je tente de garder
de mettre sur papier
un dessin
un poisson
une graine
LA GRANDE LAURE J'ai pris un selfie
LIVRES DE POÉSIE
Arrêter de publier des livres de poésie épais
ils font peur
ils doivent être fins
comme une lame
d’un sabre de samouraï
pour couper court
d’un seul coup
l’âme
ils doivent durer
une heure maximum
comme un rendez-vous d’amour
à la vie, à la mort
AUTOMNE
l'automne est propice à faire l'amour avec une femme aux cheveux roux à la peau blanche qui annonce la neige l'automne est propice à la chasse au renard elle est un renard est propice aux pleurs et à la danse comme on espère s'éteindre comme une flamme mais tu ne bouges pas ta femme ne te comprend pas non plus elle qui serait morte pour toi elle te regarde étrangement avec une sorte d'oeil de verre qui transperce il est trop tôt pour mourir il est trop tard pour partir peut-être que la femme aux cheveux roux puisse prolonger tes pensées sur le chemin du retour, elle éparpille des feuilles hétéroclites elle bruisse et gratte le brun fredonne cyniquement des nuances de rouge ici et là un or saturé de solitude délavé comme une mosaïque de Klimt sur l'asphalte dans la tête un violoncelle gémit lucidement non ne te trompe pas, mon ami, l'automne ne se déshabille jamais volontairement
Laurențiu-Ciprian Tudor, né en 1973 à Brasov, est poète, essayiste, journaliste culturel, sociologue, formateur et pédagogue. Il est membre de la section de Brasov de l'Union des écrivains roumains depuis 2014. Il a fait ses débuts dans l'édition et la rédaction en 2003. Il a écrit jusqu'à présent huit recueils de poésie. Il est l'auteur de trois livres de dialogue (avec Daniel Drăgan, Teodor Baconschi et Liliana Ursu) et d'un livre d'entretiens (avec 22 écrivains). Il est présent dans des anthologies et a bénéficié de nombreuses contributions dans des magazines culturels roumains (entretiens, poésie, critiques littéraires). Depuis 2017, il est secrétaire de rédaction du magazine littéraire « Libris » de Brasov. En 2015, il a reçu, de la part de la section de Brasov de l'Union des écrivains roumains, le « Diplôme d'excellence pour l'événement littéraire de l'année 2015 » (pour avoir organisé la première édition des Rencontres de poésie BRAȘOAVE), et en 2017 et 2019, il a reçu le prix du LIVRE DE L'ANNÉE de la section de Brasov de l'Union des écrivains roumains, pour le volume « Licantropia poftei – poemele vârstei de mijloc » [Lycanthropie de la faim - poèmes de l'âge mûr ], respectivement pour « Jurnal de cuplu » [Journal d'un couple ]. Laurențiu-Ciprian Tudor est également connu en tant que promoteur culturel, et depuis 2007, il organise des lancements de livres et d'autres événements culturels presque tous les mois (seul ou en groupe). Depuis fin 2022, il est membre fondateur de l'association culturelle et du magazine en ligne « Epitet » [Epithète]
(Traduction du roumain, Dan Burcea)